Le témoin silencieux et bienveillant


Après quelques années de pratique, voire même juste quelques séances, nous ressortons de notre séance de yoga, calme, paisible, souriant, régénéré...


Il nous est même arrivé de pratiquer à la Rotonde Alisa alors que des travaux très bruyants étaient en cours et à la fin de la séance certaines personnes étaient étonnées de ne pas avoir "entendu" de bruit, ne pas avoir été dérangées plus que ça du vacarme environnant. Et oui, on s'aperçoit alors que la concentration sur la voix du professeur, sur l'attention apportée au ressenti dans la posture, guide notre regard vers l'intérieur et nous permet d'oublier l'agitation extérieure. Ce regard, je le nomme souvent dans mes séances : le témoin silencieux et bienveillant.


Au-delà des séances, dans la vie de tous les jours, être dans l'attitude de témoin silencieux c'est se donner la possibilité de se dégager des réactions émotionnelles intempestives et déstabilisantes par rapport à une situation, un événement. Alors, la lucidité revient et nous permet d'agir en conscience au lieu de ré-agir sous l'impulsion de notre émotionnel troublé.


L'histoire que cite Swami Muktananda et sa conclusion ci-après, nous invite à revisiter cette attitude de témoin qui observe sans être affecté part "le jeu du monde" :


"La cour du roi était un lieu d'un raffinement inouï, où une foule d'artistes, d'acteurs et de danseurs exerçaient leurs talents. Debout dans un coin, stupéfait, fasciné, Shukamuni observait ce spectacle. Le roi Janaka, qui trônait au milieu de ces festivités, lui fit signe d'approcher. Le jeune sage, en effet, était tenu en haute estime et le roi l'accueillit avec chaleur.

"Que nous vaut l'honneur de votre visite ? demanda-t-il.

- Votre Majesté, dit Shuka, partout en ce monde règnent l'inégalité et la discorde ; et ce spectacle me déchire le coeur. Ici un enfant voit le jour et ailleurs quelqu'un agonise. Certains dansent tandis que d'autres pleurent ; certains s'amusent et d'autres sont au désespoir. On dit que vous avez atteint la conscience d'égalité et que vous êtes établi dans un état qui transcende la conscience physique. Quel est ce secret ? Comment pouvez-vous demeurer impassible devant ces inégalités et ce manque d'harmonie ? Donnez-moi, je vous en prie des explications précises et convaincantes.

- Demain, je vous expliquerai cela d'une manière très concrète, dit le roi. Je vous ferai faire une petite expérience qui vous éclairera."

Le lendemain, le roi donna des ordres afin que les réjouissances se tenant habituellement dans le palais puissent avoir lieu dans l'avenue principale de la capitale. Lorsque Shuka se présenta, il lui fit placer une cuvette d'eau en équilibre sur la tête, puis appela quatre gardes armés auxquels il donna ces instructions : "Escortez-le à travers les rues de la ville et si la moindre goutte d'eau s'échappe de la cuvette, n'hésitez pas, tranchez-lui la tête sur-le-champ."

Shuka se dit qu'il avait été bien téméraire de poser sa question à un tel homme. Mais il était trop tard pour reculer et il accepta la situation. Il parcourut la grand-rue avec sa cuvette d'eau sur la tête, prenant bien soin de ne pas renverser la moindre goutte. Puis il retourna au palais, déposa la cuvette devant le roi, qui le félicita et lui demanda :

"N'avez-vous point regardé la fête qui se déroulait dans l'avenue, admiré les acteurs, les danses et les nombreuses attractions ?

- Je n'ai rien remarqué, dit Shuka ; mon esprit était rivé sur la cuvette d'eau posée sur ma tête, car je savais qu'une seule goutte répandue signerait mon arrêt de mort. Toute mon attention était donc mobilisée par cette cuvette et rien ne pouvait la distraire."


C'est exactement la façon dont nous devons nous comporter dans le monde : nous devons observer tout ce qui s'y passe avec l'attitude du témoin, sans en être affecté. Notre esprit doit demeurer en permanence centré sur le sahasrara*.

Le monde est soumis au changement et à l'inégalité. Sil y a progrès dans un certain domaine, il y a déclin dans un autre. Un gain est toujours contrebalancé par une perte. Par exemple, chez ceux qui jouissent d'une plus grande liberté individuelle, la santé se dégrade ; dans un pays qui s'enrichit, la moralité décline. C'est comme cela, et il en sera toujours ainsi. Il n'y a vraiment rien en ce monde qui doive vous réjouir ou vous attrister. Le monde n'est qu'un jeu, un divertissement**. S'il restait immuable, cela deviendrait vite monotone.

Une personne avisée réalise cette vérité et demeure sereine. Pour que le jeu du monde puisse se poursuivre, l'existence de forces antagonistes est nécessaire. Seul le manque de discernement et de compréhension nous empêche de réaliser cela. Une force unique ne pourrait pas mener le jeu très loin.

L'inégalité ne disparaîtra jamais de cet univers. Il y aura toujours des forces antagonistes. Celui qui accepte cette vérité demeure imperturbable. Le monde ne changera jamais. A certaines périodes, il semble progresser et à d'autres il paraît sur le déclin.

Gardez donc votre esprit fixé sur le sahasrara*.


Source : "J'ai trouvé LA VIE" de Swami Muktananda Ed. Saraswati


* Sahasrara : il s'agit de sahasrara chakra, le 7ème chakra au sommet de la tête, c'est la pratique que propose Swami Muktananda. En Yoga du Cœur c'est sur le 4ème chakra, le chakra du cœur : Anahata, que nous portons notre attention en laissant vibrer un mantra en lien avec l'énergie générée par le cœur, comme le mantra "Je SUIS Amour, Douceur, Confiance".

** Dominique Ramassamy, avec le Yoga du cœur, nous invite à regarder ce monde comme un monde école dans lequel la conscience expérimente le jeu des contraires, des opposés, des antagonismes.

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© 2017 Yogagliardi - par Isabelle Gagliardi • Professeur de Yoga, gestion du stress, massages Ayurvédiques • isabelle@yogagliardi.fr • Tél. : 06 12 27 17 05